Avec mes sœurs, on a grandi dans une maison peu commune. C’était un mélange d’ancien et de neuf, une vraie caverne d’Ali Baba remplie de bibelots, de statues, de peintures et de gravures, parsemés de-ci de-là dans les pièces à vivre. Le truc de ma mère, c’étaient les belles pièces de designer, et mon père, c’était la brocante. Sur n’importe quel trajet, que ce soit sur celui des vacances, pour un départ en week-end ou un rendez-vous administratif, si on voyait une brocante au bord de la route, on faisait un stop obligatoire. Et même si on était dans un coin paumé, ou après 7 heures de voyage, avec nous qui nous impatientions à l’arrière de la voiture.

Gravure ancienne d'un cacatoès dans un cadre doré, à côté d'un appareil photo Rolleiflex ancien

Ça me semblait normal de grandir dans cet univers, jusqu’à ce qu’une personne me dise que c’était « bizarre » chez nous. Sur le moment je n’ai pas compris pourquoi elle me disait ça, et j’ai cru un moment que c’était vrai. Avec mon regard d’enfant, je n’ai pas tout de suite saisi la beauté des choses qui m’entouraient. J’ai d’abord souhaité que mes parents aient une maison plus conventionnelle. Et en grandissant, je me suis mise à observer. J’ai commencé par remarquer les objets qui faisaient l’âme de notre maison et à comprendre que ce n’étaient pas juste des objets de décoration, mais des fragments d’histoire.

Carafe ancienne en verre gravé tenue à la main, devant des bocaux de pigments

Je me souviens aussi de cette période où mon père avait trouvé une armoire du XVIIe en chêne sculpté. Rongée par les vrillettes et criblée de centaines de petits trous, elle semblait irrécupérable. Elle est restée démontée plusieurs semaines sur le sol du salon, le temps qu’il rebouche chaque trou un à un et qu’il la rénove en intégralité. Personne ne croyait que cette armoire retrouverait un jour de sa superbe. Et pourtant, aujourd’hui, plus de 30 ans après, ma mère l’a toujours.

Armoire ancienne en chêne sculpté

Anecdote : il arrivait souvent que des proches demandent une première estimation à mon père sur un objet déniché au hasard d’une balade dans un vide-grenier. Certains hésitaient même à lui demander son avis, par peur d’être déçus de leur trouvaille. Parfois, ça valait vraiment le coup, et il les dirigeait vers un spécialiste.

Quand je suis devenue adulte, je me suis meublée et j’ai décoré mon intérieur de la même façon. J’ai fait ça naturellement, sans réfléchir. Chez moi aussi, c’est un mélange de neuf et d’ancien. Mon meuble de cuisine est un vieux buffet Louis-Philippe aux portes grinçantes mais mon canapé est flambant neuf. Je trouve que c’est l’alliance des deux qui est la plus jolie.

Carafe en verre gravé, appareil photo Rolleiflex et bougeoirs sur une étagère

J’ai hérité de cet amour de l’ancien et j’ai des objets qui participent à l’âme de mon intérieur : comme ce gros vase en cristal de Saint-Louis, cette lampe en albâtre oubliée sous l’escalier d’une brocante de bord de route, ce tableau de pirate qui semble m’observer, ces lampes de designers qui certes, portent avec elles les traces du temps mais je les aime comme ça. Il y a aussi cette molette de broyage ancienne, en pierre. J’en voulais une depuis tellement longtemps, et ça me semblait si compliqué à trouver, à moins d’en faire réaliser une sur mesure… Alors dès que je l’ai vue, je n’ai pas hésité une seconde à l’acheter.

Lampe en albâtre en forme de tulipe, chinée en brocante
Molette de broyage ancienne en pierre, pour broyer les pigments d'aquarelle

Sans oublier cette table de ferme aux pieds sculptés de gargouilles, que je t’ai déjà présentée. Je l’ai trouvée dans une ressourcerie, un jour où j’étais à la recherche d’une très grande table pour mon atelier. Si je n’avais pas fouillé dans ce genre d’endroit, je ne crois pas que j’aurais eu les moyens de m’en acheter une neuve, et surtout, je pense qu’elle n’aurait pas eu autant de caractère que celle-ci. Le vendeur me l’avait réservée avant même que je la voie, et je n’ai pas regretté mon choix. C’est sur elle que je peins tous mes nuanciers d’aquarelle, que je fais mes photos et que je prépare tes commandes.

Boîte ancienne ornée de médailles, posée sur des nuanciers d'aquarelle et des demi-godets

Aujourd’hui, je suis réconciliée avec ce mot « bizarre », qui m’avait tant vexée à l’époque. Ce que certains nomment « bizarre » est juste une différence assumée. Et c’est en assumant cette différence que l’on fait naître de belles choses. Sans elle, je n’aurais jamais eu l’idée de te proposer ces boîtes anciennes transformées en palettes d’aquarelle. Chacune d’elles commence par un coup de cœur. Je suis d’abord attirée par sa gravure, sa forme, sa brillance, son originalité, son ancienneté, sa délicatesse, ce qu’elle m’évoque. Des boîtes travaillées, décorées, d’anciennes boîtes à maquillage ou à cigarettes, des poudriers…

Boîtes anciennes et poudriers chinés pour devenir des palettes d'aquarelle

Et puis, j’adore chiner. Pour moi, c’est un moment de détente, que ce soit lors d’une promenade en brocante ou sur Internet ; je me pose et je me mets à fouiller, en quête de cette future palette, qui serait là, à m’attendre, pour que je lui offre une seconde vie. J’ai une longue liste de boîtes dans mes favoris, mais je n’achète que celles qui ont un petit truc en plus. Parfois, je fantasme sur de belles boîtes de grandes maisons de couture comme Hermès, mais les prix atteignent des sommets vertigineux. Qui sait ? Peut-être un jour…

Ça fait partie de mon ADN : chercher, trouver des raretés, des beautés oubliées, de nouvelles parures pour tes aquarelles. Si j’avais été joaillière, j’aurais déniché des bijoux d’autrefois pour les restaurer et les moderniser. Ces boîtes me permettent d’allier mon amour de l’ancien à celui de l’artisanat et de la couleur, pour faire de chacune un objet précieux à part entière.

Constance, créatrice de Madame Pigmentum, tenant une boîte ancienne transformée en palette d'aquarelle

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